Charlie Blanchard

En octobre 2019, les manifestations contre le système néo-libérale ont éclaté à Santiago. 
J’y vivais depuis plus d’un an, j’ai décidé de documenter ce moment historique. Ce qui était au début une protestation contre la hausse du prix du ticket de métro est devenu une revendication intergénérationnelle du droit de vivre dignement. Du droit de décider ce qu’on fait de son corps, de son territoire et de ces ressources.  C’était un immense râle-le-bol qui s’exprimait, comme il n’y en avait pas eu depuis 50 ans. 
Durant 2 mois les affrontements contre les « forces de l’ordre » ont fait rage, de nombreux yeux ont été perdus, sciemment visés par les autorités. Tous les jours, la Plaza Dignidad se remplissait de monde, des barricades se montaient. C’était très joyeux et très tendu.  Je ne m’approchais pas des premières lignes, j’avoue. 
Il y a avait une effervescence politique : je rentrais le soir et on décortiquait les articles de la constitution. C’était devenu un enjeu, un catalyseur : le peuple chilien voulait annuler celle en vigueur, qui date de 1989 et qui est un horrible “bijoux” de droit rédigé par Jaime Guzman car elle soutien, défend, encourage le néo-libéralisme dans tous son pouvoir.
Il y a eu des référendum, des votes, un nouveau président. Le Covid. J’ai quitté le Chili.
Une proposition de nouvelle constitution rejetée. Beaucoup de déception. 
Piñera (ex-président sous lequel le mouvement a éclaté) est mort en hélicoptère. 
Le monde est fou. 
J’essaie de me souvenir de l’énergie, de la tentative, de l’espoir pour ne pas devenir une jeune conne aigrie.

 

« El pueblo no se rinde »